Les bases du polyamour

 

Qu’est-ce que le polyamour?

Le polyamour est à différencier de l’échangisme et du couple ouvert. Il n’est pas seulement question d’ouvrir  la porte de son intimité et de sa sexualité à une autre personne, le temps d’une nuit, mais bien de lui ouvrir son cœur. C’est la capacité de donner un accès privilégié au plan affectif et sexuel à plus d’une personne en même temps. Le polyamoureux se considère en couple avec plus d’un partenaire. Parfois, le couple a un duo primaire autours duquel se greffent des relations secondaires et tertiaires, alors que pour d’autres, toutes les relations sont à égalité.  Mais peu importe comment on gère le polyamour, au final, la définition demeure la même : c’est la possibilité d’être amoureux de plus d’une personne en même temps.

Allons au-delà de la définition pour nous attarder à deux sujets bien précis : quelles seraient les stratégies pour bien réussir ses couples polyamoureux et pourquoi est-ce parfois si difficile de le faire?

 

D’abord, pour être bien dans une relation polyamoureuse, les individus impliqués doivent être extrêmement honnêtes les uns avec les autres. Si un élément de la relation ne fonctionne pas pour une seule personne, cet élément doit immédiatement être discuté afin de comprendre pourquoi le malaise se fait sentir et  tenter de trouver une solution afin que tous soient bien. Il n’est pas question de prioriser les besoins de l’un par rapport à ceux de l’autre. Il faut trouver la solution avec laquelle tous se sentent confortables.  Cela dit, pour s’assurer du bien être de chacun, des règles bien précises doivent être mises en place afin que tous puissent établir leur zone de confort. La question n’est pas seulement de nommer ces règles, mais de les comprendre et de s’engager à les respecter. Dans une relation polyamoureuse, le consentement, la transparence et  l’égalité devraient être des éléments centraux. Les relations polyamoureuses, pour être saines, devraient viser l’enrichissement, l’équilibre et l’épanouissement de soi et de ses partenaires.

Là où ça se corse

Là où ça se corse dans le couple, c’est souvent lorsqu’il y a un déséquilibre entre les couples ou lorsqu’on se retrouve devant un couple initial qui s’est ouvert au polyamour et que la relation primaire se détériore (difficultés sexuelles ou  relationnelles). Lorsque cela se produit, un des partenaires se sent souvent visé et c’est là qu’on ouvre la porte à toutes sortes d’anxiétés : «  suis-je moins désirable », « vais-je me retrouver seule? », « est-ce que mon partenaire va retourner dans une relation monogame avec une autre? », « vais-je perdre mon statut de 1er(e) ? », etc.

De plus, il n’est pas toujours évident de gérer les relations. À qui on accorde plus de temps? Avec qui cohabiter? Et les enfants, là-dedans?  Il est extrêmement difficile d’équilibrer et d’harmoniser toutes ces facettes dans le respect de chacun.  Les couples qui y parviennent sont généralement des couples solides, forts, différenciés, confiants en eux et en leur partenaire et extrêmement respectueux de l’Autre. Le respect des limites est un des éléments les plus importants.

Ce n’est pas parce qu’on a ouvert son couple que le concept d’infidélité disparait. Une infidélité sera autant blessante chez les polyamoureux et il est doublement important de respecter  les limites de ses partenaires. Malheureusement, quand quelque chose est futile pour un, il ne l’est pas nécessairement pour l’autre. C’est souvent là où réside la maille dans le filet : « je ne lui dirai pas, ça ne symbolise rien pour moi ». Mais déjà la confiance s’étiole. La transparence et le respect de l’Autre est essentiel lorsqu’on est polyamoureux.

Au plan psychique, pourquoi souhaiter le polyamour?

Dans un monde idéal, le polyamour traduirait une capacité supérieure de différenciation de soi, de maturité émotionnelle et d’équilibre affectif. La personne différenciée connaît sa valeur et ne se sentira pas menacée par la venue de nouveaux partenaires, affirmera ses besoins clairement, avec confiance et respect de l’Autre. Cette personne assume qu’en amour, il y a toujours un risque (risque de blessure émotionnelle, risque d’être laissé, risque d’être déçu), mais choisi de se vivre à travers ces risques et tolère très bien l’anxiété relié à la différence de l’Autre.  C’est l’individu qui utilisera le polyamour de manière à s’épanouir et vivre pleinement sa sexualité, sans se limiter à un seul partenaire. Cette personne se sent bien avec elle-même et a confiance en elle et en son (ses) couple(s).

Toutefois, il peut en aller autrement.  On peut vouloir le polyamour parce qu’au contraire, on manque de confiance en nous et on désire, souvent inconsciemment, combler des besoins de narcissisation et de réassurance de sa désirabilité.  Le polyamour peut donner une illusion de gonfler la confiance en soi. Le fait d’avoir plusieurs amoureux pour nous soutenir et nous désirer alimente la sensation d’être bon, bien, beau, si exceptionnel que tous tombent sous le charme.

On peut aussi idéaliser le polyamour en croyant que nos partenaires amoureux détiennent la clef qui nous réparera. En amour, on a souvent idéalisé la croyance que le couple était l’union de deux moitiés qui une fois réunies forment un couple : une entité unique.  Cette vision présente l’individu comme ayant des manques que seul l’amour (l’union avec l’Autre) pourra combler. Or, pour bien réussir les relations polyamoureuses, la personne ne doit  pas avoir l’impression qu’en fusionnant avec  un plus grand nombre de partenaires, elle  comblera davantage ses manques. Dans un idéal, l’individu devrait se  sentir initialement complet, entier et prêt à faire un bout de chemin avec d’autres individus qui sont aussi des personnes complètes et qui partageront leur vie.

Et la poly discordance, c’est quoi?

Une difficulté qui se fait souvent ressentir en thérapie est lorsqu’un des partenaires du couple est polyamoureux, mais pas l’autre. Trop souvent, de peur de perdre son conjoint, une personne en vient à tolérer une ouverture du couple. Ce contexte est bien plus favorable aux conflits puisque la motivation sous-jacentes à l’acceptation du polyamour est la peur de perdre l’autre. Dans ce contexte, l’équilibre et l’équité n’est pas possible. On assiste aussi plus souvent à l’apparition de jalousie vis-à-vis des amoureux secondaires, les craintes d’être laissé et l’impression d’être laissé pour compte. Il est aussi très difficile pour le polyamoureux qui cohabite avec un conjoint qui ne partage pas sa vision du couple de gérer et de nourrir équitablement chacune des relations. Cela crée un déséquilibre dans le couple qui doit être abordé et ré équilibré.

Chaque nouvelle relation ajoutée devrait être évaluée selon ses particularités spécifiques. Il se peut que les attentes face à la relation ne soient pas les mêmes en terme de temps, d’implication, de cohabitation ou d’investissement financier ou amoureux. Mieux vaut se fixer des règles claires et immuables pour s’assurer de se préserver tout en se gardant une grande flexibilité afin d’être capable de s’adapter aux spécificités changeantes de chacun de ses partenaires. L’essentiel, c’est que chaque personne impliquée ressente qu’il y a de l’ouverture et qu’une grande place est accordée aux besoins de chacun. Ici aussi, la communication des besoins et des attentes respective est la clef. La peur du rejet, la peur de l’abandon, le besoin d’être aimé et approuvé, à tout prix, ne peuvent que nuire aux relations polyamoureuses. Il n’y a rien de plus difficile en couple que de développer la capacité d’être soi-même, tout en étant ensemble. On a parfois l’impression que seul un des partenaires peut avoir raison. Un gagne pendant que l’autre fait des sacrifices. Et si la solution n’était ni la proposition de l’un, ni celle de l’autre? Y-a-t-il une troisième option qui nous réunirait au lieu de nous éloigner l’un de l’autre à travers des luttes de pouvoir? Mais pour cela, il faut parfois sortir de sa zone de confort, se dévoiler et apprendre à entendre sincèrement ce que son/ses amoureux a à dire. Pour y arriver, un regard extérieur est parfois requis. Parlez-en à une personne de confiance ou consultez un spécialiste si le besoin se fait sentir.

Annie M. Grégoire

Sexologue clinicienne et psychothérapeute

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