Quand l’anxiété envahi le quotidien

 

Le stress peut être votre allié. Il peut aussi vous démolir et vous rendre totalement non fonctionnel. Mais comment expliquer qu’une émotion ait autant de pouvoir sur l’être humain et pourquoi certaines personnes carburent au stress pour se motiver à avancer, alors que d’autres y succombent? L’article suivant tentera d’y répondre.

Qu’est-ce que le stress?

D’abord, le stress est une réponse normale. Lorsqu’on se trouve face à une situation stressante, l’hypothalamus (une petite région du cerveau qui régule les fonctions reliées à la survie et aux besoins de base) envoie un message chimique qui déclenche la production de cortisol par les glandes surrénales. Lorsque le stress est nourri par la pensé, il s’en suit un processus de feed-back positif qui maintient la production de cortisol dans le sang. Autrement, lorsqu’on choisi de ne pas nourrir la pensée stressante, alors, un feed-back négatif dit à notre cerveau que le cortisol n’est plus requis et la production sera amenée à cesser. Le problème, c’est que notre cerveau ne fait pas la différence entre une situation réelle de danger et un danger qui serait imaginé ou exagéré.

Par exemple, lorsque je me retrouve face à un coyote affamé qui montre les crocs, l’anticipation du danger m’amène à vivre de l’anxiété. La réponse corporelle (libération de cortisol) stimulera mon corps à réagir à cette menace (fuite, attaque, etc.). Cette réponse confirmera la crainte initiale, c’est-à-dire : « les coyotes sont dangereux ».

Toutefois, lorsque je me retrouve devant une situation qui ne comporte pas un réel risque pour ma vie (par exemple la peur de ne pas être à la hauteur aux yeux de mon amoureux), mon cerveau réagira de la même manière. Lorsque je me sentirai en contexte de performance, la crainte de ne pas me montrer à la hauteur déclenchera de l’anxiété qui engendrera une réponse face à cette menace. Comment réagirais-je à ce danger ne dépendra que de moi. Vais-je fuir la demande en faisant semblant ne pas l’avoir entendue? Vais-je m’acharner et m’épuiser à y répondre? Vais-je attaquer l’autre et lui faire ressentir que sa demande était injustifiée ? Peu importe la réponse, ma manière de faire face à l’anxiété risque de confirmer la croyance initiale, confirmer la crainte et renforcer le comportement qui en découle (fuite, attaque, déni, contrôle, acharnement, etc.).

Donc, l’anxiété est un phénomène essentiel à la survie. Toutefois, lorsqu’il est déséquilibré, il peut affecter négativement le fonctionnement. Pas assez d’anxiété amène l’individu à sous-estimer le danger. Trop d’anxiété affecte le fonctionnement et nous immobilise. On se met à éviter les places dangereuses, les situations dangereuses, on tente de contrôler tout, de manière à créer un environnement ultra sécuritaire. S’isoler et refuser toute situation possiblement anxiogène est certes rassurant à court terme, mais lorsque l’anxiété empêche la personne d’évoluer, de s’épanouir, de socialiser ou de fonctionner au travail, la fuite n’est plus la solution, elle devient le problème. L’anxiété aura gagné la bataille et aura le dessus sur le quotidien.  Chaque fois qu’on choisi d’écouter l’anxiété et les croyances associées, on la nourri, on l’engraisse et bientôt apparaitra la bête qui petit à petit nous dévore de l’intérieur.  La solution n’est pas facile, mais il faut à tout prix cesser l’évitement des situations stressantes, tout en s’auto-réconfortant quant à nos aptitudes à faire face à la situation. Le meilleur moyen de déjouer la boucle de rétroaction qui donne raison au stress est donc de changer le discours interne, notre perception du danger.

La recette du cocktail stress

Le centre d’études sur le stress humain a établi les ingrédients de prédilection pour concocter le stress. Il s’agirait du contrôle, de l’imprévisibilité, de la nouveauté et de la menace à l’égo.

Le contrôle : Ne pas avoir le contrôle sur une situation peut engendrer un grand lot de stress. Par exemple, être en retard à un rendez-vous important parce qu’il y a une panne dans le métro. On ne contrôle pas le transport en commun, ce n’est pas de notre faute, mais on peut ressentir malgré tout le stress.

L’imprévisibilité : Vivre dans un contexte d’incertitudes est très stressant. Avoir un conjoint au tempérament imprévisible, vivre des difficultés financières ou encore résider dans une zone géographique propice aux tempêtes et au séisme.

La nouveauté : Le niveau de stress est plus élevé si on faire face à un stresseur nouveau. Qu’est-ce qui est plus menaçant : être dans la même pièce qu’un serpent venimeux ou sortir un gâteau du four? La plupart des gens trouveront le serpent venimeux plus menaçant malgré qu’objectivement ils ont surement été plus souvent brûlés par un four que mordu par un serpent.

La menace à l’égo : La peur de l’échec, la peur de ne pas être à la hauteur, la crainte de ne pas être un bon mari, une bonne mère, etc. sont des craintes qui, lorsque nourries, mettent une pression sur la personne et augmentent le stress.

On peut avoir l’impression de ne pas avoir de pouvoir. On peut voir cette recette et se dire : « j’ai bien raison d’être stressé, puisque je n’ai pas le contrôle et c’est nouveau pour moi ». Toutefois cette liste n’est pas là pour justifier le stress et mener l’individu à s’apitoyer sur son sort. Au contraire, cette liste se veut un outil qui sert à comprendre le stress, à normaliser la difficulté. On peut choisir de rendre les armes, de capituler et de subir ou on peut choisir d’agir pour changer notre perception de ces agents stressants. Plutôt que de nourrir la pensée : « Je vais être en retard, c’est terrible! Pourquoi ai-je pris le métro? J’aurais dû prendre un taxi », on peut choisir de s’auto-réconforter avec une pensée plus adaptée : «  Je vais être en retard et je n’ai aucun contrôle sur cela. Je vais appeler la personne avec qui j’ai rendez-vous pour reporter puisque je ne pourrai visiblement pas être à l’heure. » . Tout individu a le choix de nourrir une pensée par rapport à une autre et ce choix a un impact direct sur les émotions qui en découleront.

Que le stress envahisse la chambre à coucher « vais-je être à la hauteur? », « vais-je faire jouir mon partenaire ? », le travail « ce rapport est-il à la hauteur des attentes? », « aurais-je pu mieux faire ? » ou les relations interpersonnelles « suis-je apprécié? », « suis-je adapté? », nous avons toujours le contrôle sur ce dernier. Nous pouvons choisir d’alimenter les croyances négatives ou auto-dépréciatives ou au contraire, choisir de stopper la boucle de rétroaction et envoyer un feedback négatif à notre cerveau en contre-argumentant avec notre croyance initiale. Lorsque ce ne va pas de soi, qu’on se sent pris dans la boucle sans être capable de la stopper, mieux vaut consulter un psychothérapeute qui aidera sans doute à voir une facette de la situation à laquelle vous n’aviez pas pensé.

Annie M. Grégoire

Sexologue clinicienne et psychothérapeute

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