Couple, intimité, communication et BDSM

 

Depuis que les sciences humaines s’intéressent au BDSM, on propage souvent l’idée que ces pratiques ont pour fonction d’atténuer une anxiété relationnelle. On présente souvent l’adepte comme inapte à vivre une relation intime. Malgré que cette vision soit encore diffusée, il existe des études qui présentent un portrait totalement différent et que j’appuie après avoir travaillé en sexothérapie avec des adeptes du BDSM.

Lorsque pratiqué dans un cadre adéquat, c’est-à-dire de manière sécuritaire, saine et consensuelle, l’intensité du BDSM pourrait créer un environnement de communication extrêmement intime qui amplifierait la connexion et la confiance entre les partenaires et qui n’empêcherait pas l’intimité dans le couple (Williams, 2006; Nichols, 2006 et Traimond, 2005).

D’après l’expérience clinique des deux douzaines de thérapeutes spécialisés avec les minorités sexuelles du New Jersey, les relations BDSM seraient non seulement très intimes, mais aussi stables et ayant une fréquence sexuelle probablement plus passionnée et fréquente que les couples non BDSM (i.e. vanilles). Beaucoup de couples BDSM auraient un niveau d’intimité et de confiance beaucoup plus élevée que la plupart des couples dits vanilles.

Pour l’équipe de Nichols, le BDSM en tant que moyen d’éviter l’intimité serait un mythe. Dans un univers où la confiance en soi et en son partenaire est essentielle, le dévoilement de soi et de ses limites fait partie du jeu et le rendrait d’autant plus intime. Rare sont les partenaires vanilles capables de dresser ouvertement la liste de leurs fantasmes les plus intimes. Selon Traimond (2005), le BDSM permettrait non seulement une découverte de l’Autre, mais une découverte de soi qui permettrait, via la scène, d’améliorer ou de consolider son image de soi, sa désirabilité et d’identifier ses limites personnelles. Il deviendrait alors très important de se connaître.

Pour Nichols, la sexualité BDSM pourrait prendre une place positive et ludique ou encore une place négative et dysfonctionnelle dans la vie d’une personne en fonction de la manière dont elle s’y adonne. Une place positive se traduirait par des conduites de BDSM saines, sécuritaires et consensuelles. Une personne serait apte à utiliser le BDSM de manière positive dans sa vie ou dans son couple lorsque cette dernière est informée, capable de consentir et qu’elle évite les activités qui pourraient lui porter préjudice tant au plan de la santé mentale que physique. Toutefois, selon la même référence, tout comme n’importe quelle forme de sexualité, le BDSM pourrait être de nature défensive et autodestructrice. Ce ne serait toutefois pas les pratiques sexuelles en soi qui le déterminerait, mais plutôt la sécurité des pratiques, le discours interne ou le but visé par les conduites sexuelles.

Une place négative pourrait se traduire par le fait que les conduites amènent la personne à se sentir plus déprimée, anxieuse, coupable, à diminuer son estime de soi, à agir de manière compulsive, à perdre le contrôle de ses impulsions, à s’engager dans des comportements à risque ou encore lorsque le BDSM interfère avec les activités de la vie quotidienne (Nichols, 2006).

Toute personne, (vanille ou BDSM), est vulnérable dans la sexualité. L’intimité sexuelle exige de se mettre à nu devant un partenaire; de se dévoiler, de se vulnérabiliser, mais aussi de faire confiance. Ainsi, peu importe les pratiques sexuelles, il y aurait toujours un risque d’être vulnérable et un risque que le partenaire ne respecte pas les limites. Toutefois, les règles mises en place dans le BDSM et la construction consensuelle et commune des scénarios permettraient de placer les limites et de négocier la mise en scène. Un Dominant pourrait autant dépasser une limite qu’un partenaire sexuel vanille et cela ne serait pas plus toléré dans la société en général que dans la communauté BDSM.

En conclusion, il est essentiel que la communication, l’intimité et le dévoilement de soi soient au rendez-vous. Lorsqu’un des partenaires ne se sent pas assez en confiance pour dévoiler ses fantasmes et ses limites, la pratique du BDSM peut prendre une place négative au sein du couple et parfois même devenir extrêmement dangereuses.  Il devient important d’évaluer la place que prend le BDSM dans sa vie personnelle : le jeu parvient-il à demeurer un jeu? Lorsque les fantasmes créent malaise, dysfonction, impression d’effacement de soi, il devient essentiel d’en parler. Parlez-en à un ami ou consultez un thérapeute «kink aware».

Annie M Grégoire

Sexologue clinicienne et psychothérapeute