Amour, couple et sexualité pendant la grossesse

 

Apprendre qu’on attend un bébé est un des événements les plus intenses en émotions. La grossesse amène des bouleversements de toutes sortes. L’euphorie, la joie, la fierté, l’ambivalence et les craintes peuvent être au rendez-vous. Certains sont enivrés par ce nouveau lot d’émotion. D’autres trouvent qu’il est difficile de conjuguer flamme amoureuse, couple et maternité. Le corps en transformation, la présence du bébé qui se fait de plus en plus sentir, se préparer à devenir parent, voilà des changements importants qui ont des répercussions sur la sexualité des couples. Certains n’y voient que de minimes modifications, alors que pour d’autres, la grossesse est une montagne russe affective. Pour la grande majorité des nouveaux parents, la grossesse a un impact sur leur sexualité en diminuant le désir et les rapprochements sexuels. Mais attention, faire l’amour moins souvent et différemment ne signifie pas pour autant que le couple s’éloigne ou s’aime moins.

S’adapter aux changements du corps

La grossesse implique une part d’adaptation. Le corps de la femme enceinte se transforme au fil des jours et les habitudes de vie changent. Selon le trimestre, les changements corporels et hormonaux peuvent être accompagnés de nausées, de changements dans l’humeur, de fatigue, de douleurs musculaires et de diverses incommodités liées à la grosseur du ventre. Certaines pratiques sexuelles peuvent devenir inconfortables selon l’intensité de ces désagréments et selon le développement de la grossesse. Afin d’apprécier la sexualité, de nouvelles habiletés devront être développées. Être à l’écoute de son corps, prendre son temps et prendre des pauses permettront au couple d’identifier les adaptations requises. Si le besoin se fait sentir, les relations sexuelles peuvent devenir plus douces, tendres et lentes. Le confort devient l’élément le plus important à considérer. Il est aussi possible de découvrir les moments de la journée pendant lesquels l’inconfort se fait moins sentir. Bien sûr, cela diminue la spontanéité, mais il vaut mieux tenter de se séduire mutuellement lors des moments où il est possible d’en profiter pleinement. Pour certains, il s’agira d’une occasion de découvrir de nouvelles sensations.

D’un autre côté, lorsque les désagréments physiques sont absents, plusieurs femmes ont l’impression que la grossesse augmente leur désir et leur excitation. Se sentir féminine, belle, séduisante et comblée par sa nouvelle identité de mère peut augmenter l’intérêt envers la sexualité. Cela peut aussi s’expliquer par l’augmentation graduelle du volume sanguin dans la zone génitale qui crée une sensation d’excitation amplifiée. Certains partenaires se sentent dépassés par ce nouvel appétit sexuel et ignorent comment gérer la situation. Ils ont l’impression de ne pas Automne 2009 10) être de bons amants ou de ne pas être suffisamment virils pour assouvir les besoins sexuels de leur conjointe. Être un bon amant ne signifie pas avoir la capacité de satisfaire sa partenaire à tout moment de la journée. Rares sont les hommes et les femmes qui parviennent toujours à deviner ce que leur partenaire désire lorsque cela n’a pas été exprimé. Malheureusement, les conflits débutent souvent lorsque les besoins de l’un ne concordent pas avec ceux de l’autre. Il devient alors important de discuter de ces changements, de communiquer respectueusement et clairement ses besoins, ses limites, ses attentes et d’évaluer si nos demandes sont réalistes.

Nouvelle réalité : nouvelles responsabilités

Pendant la grossesse, les priorités sont appelées à changer. Le milieu dans lequel le couple vit, les préoccupations et les tracas de la vie quotidienne peuvent mener des amoureux à connaître des épisodes de panne de désir. Une grossesse implique de nouvelles responsabilités, une nouvelle réalité financière et des changements dans les habitudes de vie. Les femmes tout comme les hommes peuvent vivre ces modifications très positivement ou avec beaucoup d’anxiété selon leur réalité socio-économique, le support dont ils bénéficient, ainsi que leur capacité d’adaptation. Certains pourront profiter pleinement de leur grossesse et apprécier leur vie sexuelle, alors que d’autres seront littéralement dépassés par les responsabilités qu’implique la parentalité. Avoir un emploi précaire, ne pas remplir les conditions d’admissibilité du Régime québécois d’assurance parentale, comme c’est le cas chez certains travailleurs autonomes, ou encore vivre dans un logis inadéquat sont des facteurs de stress suffisamment importants pour bloquer le désir. Bref, attendre un bébé, ça bouscule de nombreuses facettes de la vie, la sexualité y comprise.

De plus, le couple doit apprendre à jongler avec une part supplémentaire d’inconnu, et ce, surtout si la grossesse n’a pas été désirée ou planifiée. Il doit tenter d’identifier ses forces, centrer ses efforts à se soutenir et à s’épauler dans l’identification de solutions. La recherche de coupables ne règle rien et ne fait qu’envenimer la situation. Heureusement, que la grossesse soit désirée ou non, de nombreux couples s’adaptent à merveille en misant sur leurs qualités et en utilisant les ressources qui s’offrent à eux.

Se préparer à devenir parent, tout en restant amant

Devenir parent peut être insécurisant! Qu’on en soit à sa première ou à sa quatrième grossesse, de nombreuses inquiétudes peuvent se manifester. Pour certaines personnes, l’image de la parentalité est incompatible avec celle de la séduction et de la sexualité. D’ailleurs, comme le corps de la femme prend de plus en plus les formes d’un corps de mère lors de la grossesse, cela peut accentuer cette image non sexuelle de la mère, créant une baisse de désir sexuel. Néanmoins, la femme enceinte est généralement perçue comme étant belle, séduisante, sensuelle et féminine. La perception qu’on a de soi et celle de notre partenaire à notre égard sont deux éléments qui peuvent avoir un impact sur la flamme amoureuse et sexuelle du couple.

De plus, il arrive que certaines femmes en viennent à se voir uniquement dans leur rôle de mère. Elles auront tendance à centrer toute leur attention sur leur grossesse. Les partenaires risquent de se sentir rejetés. Cela contribue à l’hostilité et aux conflits dans le couple. L’attention entière et exclusive ne devrait être accordée ni au fœtus, ni au partenaire. Doser l’attention et le temps consacré à chacun permet d’obtenir un équilibre. Il importe aussi d’encourager l’engagement de son partenaire dans les tâches liées à la grossesse afin de bénéficier de son soutien et afin que ce dernier se sente engagé. D’ailleurs, la construction d’un nid d’amour pour le bébé, c’est bien mieux quand c’est fait à deux !

La présence du bébé se fait sentir À partir de la 20e semaine, les mouvements du bébé peuvent être perçus par le couple, et ce, même lors des relations sexuelles. Cette expérience peut s’avérer très positive en rapprochant le couple. Cependant, cela peut aussi accroître l’impression que le bébé voit, entend ou juge ses parents. Dans les faits, le fœtus n’a pas conscience de ce qu’est une relation sexuelle. Malgré tout, certains couples ne se sentiront pas à l’aise et auront parfois même l’impression qu’il y a là quelque chose d’incestueux. Certains hommes et femmes ont même l’impression qu’il est possible de toucher ou de blesser le bébé lors des relations sexuelles pendant la grossesse. Or, ce n’est pas possible puisque le col de l’utérus, le placenta et le liquide amniotique constituent des barrières protectrices. De telles croyances nuisent à la vie sexuelle des couples. Si tel est le cas, il est important de s’informer pour mieux se situer et afin d’empêcher le développement d’un bouleversement d’ordre sexuel ou relationnel.

Finalement, peu importe la raison, certains couples préféreront diminuer ou même cesser d’avoir des relations sexuelles pendant la grossesse. L’important, c’est d’être à l’écoute de son corps et de ses besoins, et de les communiquer clairement à son partenaire. Dans le cas d’un arrêt complet des relations sexuelles, il ne faut pas non plus oublier de maintenir un contact affectif, amoureux et même érotique afin de garder des liens de couple solides. La pénétration peut être remplacée par les câlins, les caresses, les massages et par tout ce qui alimente la complicité, l’amour et la séduction. La grossesse n’est probablement pas le moment idéal pour essayer les 101 positions du Kama Sutra. Par contre, il s’agit d’un moment privilégié pour apprendre à diversifier ses pratiques et pour mieux se connaître en tant que femme, homme, mère ou père. De nombreuses ressources existent et peuvent fournir de l’aide lorsqu’un couple éprouve des difficultés en lien avec la grossesse. Il arrive que quelques informations suffisent, mais parfois un suivi thérapeutique avec un sexologue clinicien peut aider la personne ou le couple à comprendre le sens des difficultés d’ordre sexuel qui sont vécues.

Annie M. Grégoire, Sexologue clinicienne et psychothérapeute

(Périscoop |Automne 2009 Volume 13 Numéro 2 |ASPQ)

Références :

St-Cerny, A., 2000. Sexualité pendant la grossesse et après l’accouchement. Fédération du Québec pour le planning des naissances, Montréal, 23 pages.

Trutnovsky, G., et al., 2006. «Women’s Perception of Sexuality During Pregnancy and After Birth». Australian and New Zealand Journal of Obstetrics and Gynæcology, vol. 46, p. 282-287.

Westheimer, R. K., et A. Grunebaum, 2000. Le couple et la grossesse. Collection Santé et Société, éditions Osman Eyrolles, 340 pages.